Entretien : Claude Térouinard : « Pour que les territoires abordent leur avenir en toute confiance »

Par eurelien.fr
//  Publié le
08-02-2021
//  Mis à jour le 08-02-2021
Temps de lecture : 12 min
Claude-Terouinard-entretien

Le Président du Conseil départemental d'Eure-et-Loir revient sur le dispositif Bourg-centre.

 

Comment avez-vous eu l’idée de ce dispositif original ?

Mon expérience de près de 40 ans de maire rural a coïncidé avec le profond bouleversement de nos villages : la disparition des commerces et des artisanats, la fermeture des classes, la désertification médicale, sans oublier la concentration des exploitations agricoles. Et face à ce chamboulement, la succession des plans gouvernementaux se résumait à des catalogues de bonnes intentions, sans vision d’avenir de la ruralité. Il m’a paru indispensable de modifier cette démarche. La démocratie se construit toujours par la base. Ce sont les élus locaux qui connaissent le mieux les besoins de leurs communes. Le choix des Bourg-centre, qui sont majoritairement d’anciens chefs-lieux de cantons, se justifie principalement par la présence des principaux services de proximité que sont nos collèges, nos Ehpad, nos centres d’intervention des pompiers. La plupart sont aujourd’hui dotés de maisons de services au public (MSAP) et de maisons de santé. Ils rayonnent sur un périmètre d’une quinzaine de kilomètres et constituent les bases de la nouvelle organisation du tissu rural. Le renouveau des campagnes devient une réalité, que le dynamisme des Bourg-centre inscrit dans la durée.

 

Quel est l’objectif de ce dispositif ?

Aujourd’hui les territoires ruraux bénéficient d’un renouveau inattendu. Le monde rural a rarement eu dans son histoire un ressort aussi puissant que le numérique pour se développer. La révolution numérique laisse présager une possible redistribution de la population sur l’ensemble du territoire notamment dans les franges franciliennes. Notre Département a eu l’audace, dès 2010, d’être parmi les premières collectivités à se doter de la fibre (FFTH) qui va permettre dès l’an prochain de desservir l’ensemble du territoire eurélien. C’est plus difficile pour la couverture de la téléphonie mobile, mais ça progresse. Ce choix favorise, par exemple, le télétravail. Au Conseil départemental, 900 agents sur 1600 sont en télétravail. Les téléconsultations médicales ont été multipliées par 300. Les plus de 60 ans étaient 15 % en début d’année 2020 à utiliser le e-commerce, ils sont aujourd’hui 40%.Dans notre Département, les ruraux ne seront pas des citoyens de seconde zone. Au nom de l’égalité des chances, il ne peut y avoir de société digitale à deux vitesses. Les Bourg-centre qui renforcent leur attractivité disposent désormais d’atouts qui les libèrent des inquiétudes face à l’avenir. Avec la politique des Bourg-centre, les habitants peuvent savoir où va leur territoire et aborder leur propre avenir en toute confiance.

Quel accueil ont réservé les Conseillers départementaux à ce dispositif ?

La solidarité est une valeur commune à tous les élus, qui sont déterminés à lutter contre la fracture territoriale. Tous les conseillers départementaux sont attachés au maintien d’un équilibre entre tous les territoires qui composent notre Département. Aucun conseiller départemental ne peut accepter que le territoire qu’il représente se sente ignoré et traité comme un territoire abandonné.  Avec le numérique, le clivage rural-urbain n’a plus de sens.
Chacun d’entre nous, très attaché à la proximité, soutient la politique des Bourg-centre. Chaque projet reçoit une aide d’un million d’euros que le Conseil départemental répartit sur 3 années. Par ailleurs, notre Département consacre
8 millions d’euros en faveur des investissements des communes rurales et à ceux des petites villes. Avec la politique des Bourg-centre c’est un doublement de cette aide que nous consacrons à notre développement local.

Quels sont les premiers retours de votre dispositif ?

J’ai surtout constaté que notre politique de Bourg-centre est particulièrement appréciée par les communes bénéficiaires. Il faut rappeler que 2020 est la première année du mandat municipal et que 2021 va être une année décisive pour l’élaboration des projets.
Certaines communes, comme Senonches, avaient déjà entamé une restructuration de leur centre-ville. D’autres, comme Authon-du-Perche, la Bazoche-Gouet et Cloyes-les-Trois Rivières sont en pleine transformation et renforcent leur image particulièrement attractive. Dès maintenant, ces travaux incitent de nouveaux habitants à s’installer dans ces communes et de renforcer les liens entre les gens.


Des élus responsables de leurs projets

A la Bazoche-Gouet, les élus ont voulu plus d’espaces verts sur la place du Marché, mettre en valeur les bâtiments publics, créer des terrasses devant les cafés… Ce village fait partie des 33 communes engagées dans l’opération Bourg-centre.  Si ces communes de moins de 20.000 habitants sont accompagnées par le Conseil départemental, elles ne sont pas sous tutelle. Bien au contraire, les élus locaux sont responsables de leurs projets.  Le Conseil départemental met à leur disposition des moyens financiers et techniques. Mais, tous les projets sont soumis au vote du Conseil municipal. L’idée reste de faire confiance à la base pour mieux répondre aux besoins du territoire et ses habitants.

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